{"id":53,"date":"2015-08-04T11:54:47","date_gmt":"2015-08-04T10:54:47","guid":{"rendered":"http:\/\/edeniau.org\/wp\/?p=53"},"modified":"2015-08-04T11:54:47","modified_gmt":"2015-08-04T10:54:47","slug":"crise-des-sub-prime-mortgages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edeniau.org\/wp\/crise-des-sub-prime-mortgages\/","title":{"rendered":"Crise des \u00ab\u00a0sub-prime mortgages\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Le grand d\u00e9sendettement<br \/>\nDominique S\u00e9n\u00e9quier \/ Pr\u00e9sidente du directoire d&rsquo;AXA Private Equity \/ October 27th, 2011<\/p>\n<p>La crise de la dette priv\u00e9e s&rsquo;est transform\u00e9e en crise de la dette publique. Pendant des ann\u00e9es, une partie de la croissance mondiale avait \u00e9t\u00e9 entretenue par le faible co\u00fbt du cr\u00e9dit et un usage excessif de l&rsquo;effet de levier. Le grand \u00ab\u00a0deleveraging\u00a0\u00bb a commenc\u00e9. Pris \u00e0 la gorge par leurs propres dettes, les Etats seront-ils capables de contr\u00f4ler le d\u00e9sendettement des banques?<\/p>\n<p><em>ParisTech Review: La crise financi\u00e8re mondiale dure officiellement depuis 2008 et nous avons connu une grave rechute \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2011. Jusqu\u2019\u00e0 quand cette crise durera-t-elle?<\/em><br \/>\nDominique S\u00e9n\u00e9quier: En r\u00e9alit\u00e9, nous sommes entr\u00e9s dans une crise financi\u00e8re majeure d\u00e8s 2007 et, en cette fin 2011, nous sommes tr\u00e8s loin d\u2019en \u00eatre sortis. Revenons un peu en arri\u00e8re, car c\u2019est essentiel pour saisir l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. La crise a \u00e9clat\u00e9 aux Etats-Unis parce qu\u2019il y avait eu exc\u00e8s de cr\u00e9ation de dette, et ce dans tous les domaines: dettes des consommateurs, notamment par le truchement des cartes de cr\u00e9dit, dettes des \u00e9tudiants \u00e0 travers les pr\u00eats \u00e9tudiants\u2026 Ces dettes, une fois \u00e9mises, \u00e9taient \u201ctitris\u00e9es\u201d (d\u00e9coup\u00e9es en morceaux et r\u00e9assembl\u00e9es sous la forme de titres pr\u00e9sentant un risque homog\u00e8ne) sous forme de CDO (Collateralized Debt Obligation) et de CMO (Collateralized Mortgage Obligation). Mais la dette \u00e9tait avant tout immobili\u00e8re, tout particuli\u00e8rement aux Etats-Unis, en Espagne et en Irlande. Cette dette immobili\u00e8re \u00e9tait titris\u00e9e par le biais d\u2019autres produits financiers, les CMBS (Commercial Mortgage-Backed Securities) et les RMBS (Residential Mortgage-Backed Securities).<\/p>\n<p>D\u00e8s juillet 2007, la sph\u00e8re financi\u00e8re s\u2019est aper\u00e7u que tous ces produits financiers envahissaient ce qu\u2019on appelle les SIV (Structured Investment Vehicles), un constat d\u2019autant plus inqui\u00e9tant que ces SIV, ne figurant pas au bilan des banques, \u00e9chappaient \u00e0 toute r\u00e9glementation. En juillet 2007, march\u00e9s et r\u00e9gulateurs ont soulev\u00e9 le couvercle des SIV, ouvrant une bo\u00eete de Pandore d\u2019o\u00f9 cette crise terrible s\u2019est imm\u00e9diatement \u00e9chapp\u00e9e. Sous le couvercle, il y avait, pour les seuls Etats-Unis, plusieurs centaines de milliards de dollars en dettes qui avaient \u00e9t\u00e9 plus ou moins dissimul\u00e9es, puisqu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas consolid\u00e9es par les banques. C\u2019\u00e9tait bien les banques qui avaient consenti tous ces pr\u00eats, mais elles les avaient transf\u00e9r\u00e9s aussit\u00f4t hors de leur bilan en les faisant financer par de simples billets de tr\u00e9sorerie (commercial paper).<\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9action du march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u2019arr\u00eater le financement des SIV. Cons\u00e9quence m\u00e9canique: les cr\u00e9ances douteuses ont commenc\u00e9 \u00e0 remonter dans les bilans des banques. Revenues dans le p\u00e9rim\u00e8tre de la r\u00e8glementation, elles sont devenues visibles et les banques ont d\u00fb provisionner les pertes correspondantes, ce qui explique les trous dans leur bilan en 2008. Mais ce n\u2019\u00e9tait que la premi\u00e8re mauvaise surprise.<\/p>\n<p><em>Si on avait agi \u00e0 ce stade, la suite de la crise aurait-elle pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9e? <\/em><br \/>\nQui peut le dire? Car ensuite, on a d\u00e9couvert qu\u2019en raison du poids des actifs \u201ctoxiques\u201d, qui souvent \u00e9taient couverts par des Credit Default Swaps, CDS, les banques allaient activer leur assurance anti-d\u00e9faut. Les CDS ont donc commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre appel\u00e9s en garantie. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019existait pas de chambre de compensation (clearing houses, organismes charg\u00e9s d\u2019assurer la compensation des soldes cr\u00e9diteurs entre banques. Pour les march\u00e9s \u00e0 terme d\u2019instruments financiers, les chambres de compensation ont pour mission d\u2019assurer la correspondance entre les positions des diff\u00e9rents intervenants et de compenser les soldes, mais aussi de s\u2019assurer du versement des appels de d\u00e9p\u00f4ts de garantie et de marges. Ndlr.). On pouvait donc vendre un CDS \u00e0 une banque sans mobiliser en face de ce CDS la moindre garantie.<\/p>\n<p>Le premier coupable \/ victime de cette folie a \u00e9t\u00e9 l\u2019assureur AIG (American International Group). A l\u2019automne 2008, AIG s\u2019est soudain retrouv\u00e9 en appel sur 80 milliards de dollars de couverture de CDS. Ces CDS avaient \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s pendant les ann\u00e9es 2000 par des institutions financi\u00e8res comme Goldman Sachs ou Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, qui les ont activ\u00e9s quand les agences de notation ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9grader certains de leurs actifs. Il a \u00e9t\u00e9 alors d\u00e9couvert qu\u2019AIG, appel\u00e9 \u00e0 trouver du cash imm\u00e9diatement, avait pr\u00e9lev\u00e9 80 milliards de dollars dans ses actifs repr\u00e9sentant les provisions math\u00e9matiques de l\u2019assurance-vie, pour pouvoir pr\u00e9senter un collat\u00e9ral de sa filiale AIG Financial Services. AIG a ainsi transf\u00e9r\u00e9 cette somme dans une structure non r\u00e9glement\u00e9e, AIG Financial, qui n\u2019avait pas assez de fonds propres puisqu\u2019elle avait re\u00e7u des primes pour les CDS mais qu\u2019elle n\u2019avait jamais envisag\u00e9 de subir des sinistres sur ces CDS \u00e0 la hauteur des r\u00e9clamations re\u00e7ues en 2008. Tout cela \u00e9tait \u00e9videmment de la pure cavalerie.<\/p>\n<p>Enfin, c\u2019est la troisi\u00e8me \u00e9tape, est venue la crise du financement interbancaire, celle qui a refait son apparition au cours de l\u2019\u00e9t\u00e9 2011. Cette crise-l\u00e0 survient quand les banques, faute de conna\u00eetre exactement la quantit\u00e9 d\u2019actifs toxiques sur les bilans des autres banques, refusent soudain de leur pr\u00eater. Chaque banque essaie alors de retirer ses cr\u00e9ances aupr\u00e8s de banques douteuses. Cette crise a connu son paroxysme quand, au cours d\u2019un week-end de la mi-septembre 2008, se sont profil\u00e9es trois faillites possibles: AIG, Merrill Lynch et Lehman Brothers. Il a fallu sauver AIG (le nombre d\u2019assur\u00e9s \u00e9tait trop grand pour pouvoir prendre ce risque), on a r\u00e9ussi \u00e0 adosser en catastrophe Merrill Lynch \u00e0 Bank of America, mais Lehman Brothers a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 \u00e0 son sort, notamment parce que son pr\u00e9sident, Dick Fuld, avait agac\u00e9 la finance am\u00e9ricaine en refusant quelques mois plus t\u00f4t une solution de recapitalisation propos\u00e9e par des banques cor\u00e9ennes.<\/p>\n<p><em>Avec le recul, abandonner Lehman Brothers, c\u2019\u00e9tait une bonne id\u00e9e? <\/em><br \/>\nJe ne suis pas s\u00fbre que les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines avaient vraiment le choix. Je ne suis pas surprise qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 impossible de sauver les trois acteurs au cours de ce funeste week-end. D\u2019ailleurs, pour \u00eatre pr\u00e9cis, Merrill Lynch n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 exactement sauv\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 simplement adoss\u00e9e. Il s\u2019est pass\u00e9 la m\u00eame chose quand Gordon Brown a ordonn\u00e9 au pr\u00e9sident de Lloyd\u2019s d\u2019acheter HBOS \u2013 ce qui a ensuite mis le groupe britannique au bord de la faillite.<\/p>\n<p>L\u2019opinion publique est travers\u00e9e par un vrai ressentiment, plus ou moins fort selon les pays, contre les banques et les Etats qui les ont soutenues. Qu\u2019en est-il vraiment de ce soutien?<br \/>\nAux Etats-Unis se sont tenus des proc\u00e8s sur la question de savoir si l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral a fait pression sur Bank of America pour qu\u2019elle rach\u00e8te Merrill Lynch. On sait simplement que Bank of America a achet\u00e9 sans l\u2019aide du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, puisque le programme TARP (Troubled Assets Relief Program), vot\u00e9 par le Congr\u00e8s, n\u2019est devenu op\u00e9rationnel qu\u2019un an plus tard.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 AIG, Washington n\u2019avait pas le choix. On ne pouvait pas voler 80 milliards de dollars aux assur\u00e9s. Il fallait bien trouver l\u2019argent quelque part et vite. C\u2019est donc la Fed qui a fourni les fonds, alors que ses statuts ne le pr\u00e9voient absolument pas. Sa fonction, c\u2019est de fournir des liquidit\u00e9s au syst\u00e8me bancaire, pas de sauver les assureurs. Il a fallu donc convoquer en urgence des avocats tr\u00e8s pointus, et trouver en une nuit, dans les statuts de la Fed, des alin\u00e9as alambiqu\u00e9s qui pouvaient, \u00e0 l\u2019extr\u00eame limite, justifier l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la fin de ce week-end que Henry Paulson, qui \u00e9tait alors secr\u00e9taire au Tr\u00e9sor, a compris que tout le syst\u00e8me \u00e9tait contamin\u00e9 et qu\u2019il a lanc\u00e9 le processus politique qui allait devenir le programme TARP: 700 milliards de dollars pour sauver la finance am\u00e9ricaine. Le syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pliqu\u00e9 au Royaume-Uni. Lloyd\u2019s et Royal Bank of Scotland ont re\u00e7u \u00e0 elles deux plus de 80 milliards de livres sterling de nationalisation.<\/p>\n<p><em>Tous les pays ont r\u00e9agi de la m\u00eame fa\u00e7on?<\/em><br \/>\nAux Pays-Bas, le gouvernement a d\u00fb racheter la partie hollandaise d\u2019ABN Amro, qui \u00e9tait en faillite. Barclays voulait la racheter, ils ont \u00e9chou\u00e9. Du coup, c\u2019est un consortium compos\u00e9 de Royal Bank of Scotland (RBS), Fortis et Banco Santander qui a fait l\u2019op\u00e9ration. Ils se sont partag\u00e9s ABN Amro. Santander s\u2019en est bien sortie, mais Fortis et RBS ont fait faillite dans la foul\u00e9e. Parce que, hors bilan, ABN Amro abritait un SIV de 200 milliards d\u2019euros. C\u2019est comme \u00e7a que BNP Paribas a mis la main sur Fortis.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019Etat grec, pour sauver ses banques, il a garanti 100% des d\u00e9p\u00f4ts et cela explique pour une grande part son exc\u00e8s de dette en 2011.<\/p>\n<p><em>Alors, quand la crise finira-t-elle? <\/em><br \/>\nCe long flashback visait \u00e0 montrer que nous venons de tr\u00e8s, tr\u00e8s loin. Jamais je n\u2019ai pens\u00e9 que la crise serait r\u00e9solue en trois ans. La sortie de crise prendra dix ans et tous les acteurs en sortiront appauvris. Ces actifs toxiques \u2013 tous ces cr\u00e9dits consentis \u00e0 des emprunteurs insolvables \u2013 avaient cr\u00e9\u00e9 pendant les ann\u00e9es avant 2007 une croissance fictive, souffl\u00e9e par l\u2019explosion du cr\u00e9dit. Cette fausse croissance, d\u00e9sormais, il va falloir la r\u00e9sorber. On va donc accumuler du retard de croissance, notamment parce que tous ces cr\u00e9dits, nous ne sommes plus capables de les faire.<\/p>\n<p><em>Comment la crise des banques est-elle devenue celle des Etats? <\/em><br \/>\nLes Etats se sont endett\u00e9s parce qu\u2019ils ont fait des plans de relance, parce qu\u2019ils ont sauv\u00e9 des banques et parce que les recettes fiscales ont \u00e9t\u00e9 rogn\u00e9es par la crise et les d\u00e9penses engag\u00e9es pour colmater les trous faits par ces actifs toxiques. Ils en sont sortis affaiblis. Maintenant, nous sommes dans la crise des Etats.<\/p>\n<p>R\u00e9trospectivement, l\u2019alternative politique de l\u2019\u00e9poque est maintenant claire. Soit on spoliait directement les \u00e9pargnants en laissant par exemple s\u2019effondrer AIG, soit on collectivisait les pertes en nationalisant. Mais un jour, les Etats doivent r\u00e9partir cette charge de nationalisation entre les m\u00e9nages. Et ils doivent faire des \u00e9conomies. Barack Obama vient de lancer un programme d\u2019\u00e9conomies de 2,5 trillions de dollars sur dix ans, soit 250 milliards par an. L\u2019Europe devrait faire de m\u00eame et annoncer clairement la dur\u00e9e de l\u2019effort, au lieu d\u2019\u00e9grener les plans nationaux sur deux ou trois ans. Les Europ\u00e9ens font semblant de croire que tout sera r\u00e9gl\u00e9 en 2013, qu\u2019ils peuvent ramener leurs d\u00e9ficits sous la barre des 3%. Non seulement ce n\u2019est pas cr\u00e9dible, mais cela pourrait mettre l\u2019Europe \u00e0 genoux.<\/p>\n<p>Les gouvernements de la zone euro ont longtemps refus\u00e9 de reconna\u00eetre une \u00e9vidence aveuglante: la Gr\u00e8ce ne paiera pas sa dette. Pourquoi ce d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9?<br \/>\nCe que les responsables europ\u00e9ens ne veulent pas, c\u2019est un effet de contagion par le truchement des march\u00e9s de CDS comme cela \u00e9tait arriv\u00e9 dans le cas d\u2019AIG. Ces emprunts grecs sont assur\u00e9s en grande partie par des CDS d\u00e9tenus par des hedge funds et par des banques, sans que l\u2019on sache avec certitude si ces CDS sont adoss\u00e9s \u00e0 des contreparties sonnantes et tr\u00e9buchantes. Une partie seulement de ces CDS a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e dans des chambres de compensation.<\/p>\n<p>Les Etats demandent donc aux banques et aux assureurs de renoncer \u201cvolontairement\u201d \u00e0 50% de leurs actifs grecs (alors que ces investisseurs ont pay\u00e9 des primes d\u2019assurance pour leurs CDS) et ils leur demandent donc de faire comme si il n\u2019y avait pas de d\u00e9faut grec. En outre, on leur demandera sans doute de re-pr\u00eater ces 50% pour 25 ans \u00e0 la Gr\u00e8ce\u2026 Toutes les n\u00e9gociations souterraines actuelles portent sur cette mise en sc\u00e8ne. Il faut absolument \u00e9viter un d\u00e9faut officiel de la Gr\u00e8ce, ce qui serait un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9clencheur des CDS, ouvrant une nouvelle bo\u00eete de Pandore, celle d\u2019un march\u00e9 d\u2019assurance d\u00e9r\u00e9glement\u00e9, sans fonds propres.<\/p>\n<p><em>D\u00e9clencher les CDS ne serait pas une mani\u00e8re de purger d\u00e9finitivement les erreurs du pass\u00e9? <\/em><br \/>\nQuand en 2008, on a r\u00e9alis\u00e9 que le march\u00e9 mondial des CDS pesait au bas mot 6000 milliards de dollars, les responsables politiques ont fait leurs calculs. Quand une banque pr\u00eate 100 euros, il faut qu\u2019elle dispose de 10 euros en fonds propres. Donc pour remettre ces 6000 milliards de dollars dans le droit chemin, il faudrait cr\u00e9er ex nihilo une banque dot\u00e9e de 600 milliards de fonds propres. C\u2019est impossible. Il faudra vingt ans pour purger cette folie.<\/p>\n<p><em>Les le\u00e7ons ont-elles \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es? <\/em><br \/>\nIl est regrettable qu\u2019apr\u00e8s 2008, les \u00e9missions de nouveaux CDS n\u2019aient pas imm\u00e9diatement \u00e9t\u00e9 interdites ou que les CDS n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans de v\u00e9ritables institutions financi\u00e8res r\u00e9glement\u00e9es. Aujourd\u2019hui, on a enfin cr\u00e9\u00e9 une plateforme de clearing o\u00f9 chaque CDS doit \u00eatre \u00e9tay\u00e9 par un collat\u00e9ral, comme chez un assureur ordinaire.<\/p>\n<p><em>La crise grecque est-elle un avant-go\u00fbt de ce qui attend l\u2019Europe et ses banques? <\/em><br \/>\nVis-\u00e0-vis de la Gr\u00e8ce, l\u2019Europe a le choix. Soit les Etats se rendettent pour sauver la Gr\u00e8ce, soit \u2013 c\u2019est ce que veut l\u2019Allemagne \u2013 on invite les cr\u00e9anciers priv\u00e9s \u00e0 faire des sacrifices. Le plan de juillet 2011 revenait \u00e0 un abandon de 21% des cr\u00e9ances sur la Gr\u00e8ce, mais on sait que ce sera plut\u00f4t 50%. Est-ce grave? Pas tant que \u00e7a. Les banques fran\u00e7aises peuvent supporter sans probl\u00e8me une d\u00e9cote de 50% de leurs actifs grecs. Les banques et les assurances passeront des provisions suppl\u00e9mentaires et renforceront leurs fonds propres pour honorer les r\u00e8gles de B\u00e2le III, qui exigent que le ratio core tier 1 soit au moins \u00e9gal \u00e0 4,5% (ce ratio \u00e9tant le rapport entre leurs fonds propres de meilleure qualit\u00e9, correspondant aux actions ordinaires et aux b\u00e9n\u00e9fices mis en r\u00e9serve, et le total des actifs pond\u00e9r\u00e9s en fonction de leurs risques). A ce ratio s\u2019ajoute un coussin dit \u201cde conservation\u201d de 2,5%, soit 7% au total. Voil\u00e0 tout. Ce ne serait pas la fin du monde.<\/p>\n<p><em>Vous voulez dire que la crise de la dette n\u2019est pas la menace la plus grave pour les banques? <\/em><br \/>\nIl faut relativiser. Les banques sont assises sur des bombes \u00e0 retardement bien plus dangereuses que les dettes souveraines. Les traders irresponsables, par exemple. Les pertes caus\u00e9es par le trader d\u2019UBS, 2,5 milliards d\u2019euros, correspondent \u00e0 la moiti\u00e9 de l\u2019engagement de sa banque sur la Gr\u00e8ce. N\u2019oubliez pas non plus que la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale a perdu 5 milliards d\u2019euros avec l\u2019affaire Kerviel. Sans v\u00e9ritable secousse pour elle, ce qui en dit long, au passage, sur sa solidit\u00e9.<\/p>\n<p><em>Si malgr\u00e9 tout, une banque est en danger \u00e0 cause de ses engagements grecs, que doit-elle faire? <\/em><br \/>\nElle peut toujours faire une \u00e9mission de capital sur le march\u00e9. Ce n\u2019est pas d\u00e9shonorant. Evidemment, compte tenu des cours de bourse actuels, cela diluerait consid\u00e9rablement les actionnaires d\u00e9j\u00e0 au capital, ce que ces derniers chercheront \u00e0 tout prix \u00e0 \u00e9viter. Autre m\u00e9thode : se serrer la ceinture, c\u2019est-\u00e0-dire diminuer le total du bilan. Voil\u00e0 pourquoi la BNP vend pour 70 milliards d\u2019actifs et la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale 25 milliards. Avec un bilan plus ramass\u00e9, elles auront besoin de moins de fonds propres. Cela suffira sans doute pour \u00e9viter l\u2019appel au march\u00e9 ou \u00e0 l\u2019Etat. Naturellement, elles accorderont ensuite moins de cr\u00e9dits. L\u2019\u00e9poque est au grand deleveraging, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la r\u00e9duction de l\u2019effet de levier, au d\u00e9sendettement.<\/p>\n<p><em>Vous pensez donc que l\u2019on peut stopper la contagion \u00e0 la Gr\u00e8ce? <\/em><br \/>\nNous pouvons r\u00e9gler le probl\u00e8me grec. Ce sera cher, mais c\u2019est possible. La contagion g\u00e9n\u00e9rale n\u2019est pas du tout une fatalit\u00e9. L\u2019Espagne et le Portugal font des efforts budg\u00e9taires tr\u00e8s s\u00e9rieux. L\u2019Italie, quant \u00e0 elle, est un pays beaucoup plus solide. Les familles italiennes poss\u00e8dent un patrimoine immobilier gigantesque: 8000 milliards de dollars, pr\u00e8s de trois fois plus que le PIB du pays. Elles ne le vendent pas car il n\u2019y a pas d\u2019imp\u00f4t sur les successions pour la r\u00e9sidence principale. Ce n\u2019est pas de l\u2019argent visible qui circule et alimente l\u2019\u00e9conomie, mais c\u2019est une force consid\u00e9rable.<\/p>\n<p><em>L\u2019Etat fran\u00e7ais doit-il intervenir pour aider les banques? <\/em><br \/>\nSi l\u2019Etat pr\u00eate 10 milliards \u00e0 20 ans \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, cela vaut mieux qu\u2019une recapitalisation faite \u00e0 un mauvais moment. L\u2019exemple du Royaume-Uni le d\u00e9montre: pour avoir recapitalis\u00e9 trop t\u00f4t RBS et Lloyd\u2019s, l\u2019Etat britannique a perdu plus de 20 milliards de livres. M\u00eame si la France perdait 20 ou 30 milliards d\u2019euros en trois ans sur quelques banques, ce ne serait pas la fin du monde par rapport aux 2000 milliards de notre PIB. Voil\u00e0 pourquoi les banques fran\u00e7aises sont jalous\u00e9es par les banques am\u00e9ricaines, britanniques ou hollandaises: elles sont sans doute plus solides.<\/p>\n<p><em>Et si l\u2019Etat fran\u00e7ais nationalisait une banque?<\/em><br \/>\nEt pourquoi pas? C\u2019est une m\u00e9thode comme une autre. Cela ferait une soci\u00e9t\u00e9 de moins sur la liste noire et du coup, tout le monde lui pr\u00eaterait. Si les march\u00e9s s\u2019acharnent soudain sur une banque fran\u00e7aise et si cette banque cesse de pouvoir se refinancer sur le march\u00e9 interbancaire, il faudra sans doute nationaliser ou consolider par un pr\u00eat long terme.<\/p>\n<p>Au FMI, Christine Lagarde, est moins optimiste que vous. Elle affirme qu\u2019il faut recapitaliser les banques europ\u00e9ennes \u00e0 hauteur de 200 milliards.<br \/>\nQuand vous voulez tuer votre chien, vous l\u2019accusez de rage! Ne soyons pas na\u00effs. Certains ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire fuiter des rapports alarmistes sur l\u2019Europe. Bien s\u00fbr, si tous les pays fragiles sombraient en m\u00eame temps, cela co\u00fbterait sans doute 200 milliards, mais il n\u2019y aucune raison que cela se produise de fa\u00e7on simultan\u00e9e \u2013 par exemple, l\u2019Irlande, tr\u00e8s fragilis\u00e9e en 2008, a vu ses taux baisser r\u00e9cemment par suite de la confiance dans son redressement.<\/p>\n<p><em>Les Fran\u00e7ais sont tr\u00e8s adeptes de la th\u00e9orie du complot am\u00e9ricain contre la zone euro. Vous aussi? <\/em><br \/>\nL\u2019atmosph\u00e8re actuelle est sans doute exacerb\u00e9e par la presse anglo-saxonne. L\u2019Am\u00e9rique cherche \u00e0 conserver au dollar son statut d\u2019unique monnaie de r\u00e9serve: c\u2019est l\u2019objectif principal des Etats-Unis, relay\u00e9 tr\u00e8s efficacement par la presse anglo-saxonne qui couvre tr\u00e8s largement et pas toujours de fa\u00e7on objective les d\u00e9boires de la zone euro \u2013 disons qu\u2019elle se focalisent de mani\u00e8re obsessionnelle sur les pays du Sud de l\u2019Europe, alors que les finances de Royaume-Uni sont aussi en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat, et ne parlons pas des finances des Etats-Unis. C\u2019est une campagne d\u2019influence. Car si le dollar domine le monde, ce n\u2019est pas parce que l\u2019Am\u00e9rique n\u2019a pas de probl\u00e8me, c\u2019est parce qu\u2019il n\u2019existe aucune monnaie vraiment concurrente. Semer le doute sur les banques europ\u00e9ennes et donc sur l\u2019euro est donc de bonne guerre. Si demain, les pays riches commen\u00e7aient \u00e0 r\u00e9partir leurs r\u00e9serves: une moiti\u00e9 en dollars, une moiti\u00e9 en euros, cela d\u00e9plairait beaucoup aux Am\u00e9ricains.<\/p>\n<p><em>En somme, selon vous, les Etats-Unis redoutent la zone euro? <\/em><br \/>\nA leurs yeux, il ne faut pas que la zone euro \u00e9merge trop comme une grande puissance mon\u00e9taire, car elle est d\u00e9j\u00e0 une grande puissance \u00e9conomique. N\u2019oublions pas que le PIB de la zone euro, c\u2019est deux fois celui de la Chine, 12 000 milliards de dollars contre 6 000 milliards. Et \u00e0 elles seules, la France, l\u2019Allemagne et l\u2019Italie p\u00e8sent plus que la Chine.<\/p>\n<p><em>Quel est le vrai enjeu pour les Etats-Unis? <\/em><br \/>\nS\u00fbrement pas le d\u00e9ficit commercial avec la Chine, dont on parle tant, mais qui est finalement assez faible: 170 milliards de dollars. Alors que le plafond de la dette am\u00e9ricaine \u00e0 16 000 milliards de dollars, c\u2019est beaucoup plus s\u00e9rieux. Sur la moiti\u00e9 de cette dette qui est d\u00e9tenue par les \u00e9trangers, 40% sont en Chine. Cela repr\u00e9sente 3200 milliards de dollars. C\u2019est \u00e9norme. Les Am\u00e9ricains ont imp\u00e9rativement besoin que la Chine et les autres pays continuent d\u2019acheter leur dette.<\/p>\n<p><em>Vous dirigez Axa Private Equity. Votre m\u00e9tier, pr\u00e9cis\u00e9ment, c\u2019est l\u2019endettement. Comment allez-vous survivre \u00e0 l\u2019\u00e8re du deleveraging? <\/em><br \/>\nLa crise a frapp\u00e9 notre activit\u00e9. De septembre 2008 \u00e0 septembre 2009, le march\u00e9 du private equity s\u2019est pratiquement arr\u00eat\u00e9. En cette fin d\u2019\u00e9t\u00e9 2011, c\u2019est \u00e0 nouveau le cas. Pas de LBO (leveraged buy out) en direct. Nous sommes donc actifs sur notre activit\u00e9 secondaire, qui consiste \u00e0 acheter les portefeuilles de participations industrielles des banques. AXA PE a rachet\u00e9 \u00e0 Citigroup, \u00e0 Barclays et \u00e0 HSH. Parce que les banques pr\u00eatent tr\u00e8s peu actuellement, notre activit\u00e9 de \u201cMezzanine\u201d, \u00e0 mi-chemin entre la dette senior et le capital, se d\u00e9veloppe. Dans ce monde \u201cdeleverag\u00e9\u201d, tous les instruments de financement priv\u00e9 qui peuvent remplacer la dette senior sont d\u2019une utilit\u00e9 capitale pour l\u2019\u00e9conomie. Bref, \u00e0 l\u2019avenir, il y aura moins d\u2019acteurs dans le private equity, mais les acteurs restant auront toujours acc\u00e8s \u00e0 l\u2019endettement.<\/p>\n<p>Le LBO, qui est votre mode d\u2019intervention privil\u00e9gi\u00e9, a mauvaise presse en France. On l\u2019accuse parfois d\u2019\u00e9trangler les entreprises au lieu de les d\u00e9velopper.<br \/>\nCe proc\u00e8s d\u2019intention refl\u00e8te avant tout le manque de culture \u00e9conomique en France. Quand Vivendi et France Telecom ont capot\u00e9 en bourse en 2002, ils n\u2019\u00e9taient pas sous LBO mais ils \u00e9taient trop \u201cleverag\u00e9s\u201d\u00bb, avec des dettes d\u00e9mesur\u00e9es. A un certain moment, les deux titres repr\u00e9sentaient 25% de la capitalisation du CAC 40. La terre enti\u00e8re accumulait des dettes colossales. Beaucoup d\u2019entreprises ont fait faillite, qui n\u2019\u00e9taient pas sous LBO. Merrill Lynch n\u2019\u00e9tait pas sous LBO.<\/p>\n<p>Le LBO n\u2019a aucun d\u00e9faut en soi quand il est bien pratiqu\u00e9. Ce qui est important c\u2019est l\u2019\u00e9quilibre que conserve une entreprise \u2013 le gearing \u2013 entre le capital de long terme apport\u00e9 par les actionnaires et les dettes. Le gearing consiste \u00e0 utiliser au mieux ses fonds propres. D\u2019ailleurs, ne pas s\u2019endetter du tout, c\u2019est de la mauvaise gestion. C\u2019est spolier les actionnaires, et m\u00eame les salari\u00e9s, si on n\u2019utilise pas toutes les capacit\u00e9s financi\u00e8res de l\u2019entreprise pour la d\u00e9velopper.<\/p>\n<p><em>Le private equity a donc un avenir en Europe. Mais dans les pays \u00e9mergents? <\/em><br \/>\nVous savez, dans les pays \u00e9mergents, on croise d\u2019immenses fortunes, mais il faut attendre que cette richesse diffuse dans la population pour que ces fortunes aient une vraie traduction \u00e9conomique. La redistribution, la fiscalit\u00e9, la d\u00e9mocratie sont des pr\u00e9- requis pour la pratique du private equity. La s\u00e9curit\u00e9 juridique doit \u00e9galement \u00eatre assur\u00e9e. Le private equity demande que l\u2019on puisse faire valoir ses droits, que l\u2019on puisse faire respecter les pactes d\u2019actionnaires. Il existe donc peu de pays o\u00f9 il peut se pratiquer en toute tranquillit\u00e9. En Chine, les grands g\u00e9rants d\u2019actifs ont pris des pertes substantielles ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Pour les grands g\u00e9rants qui ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 de Londres \u00e0 Hong-Kong, le succ\u00e8s n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 au rendez-vous. Vous voyez, avant que les \u00e9conomies occidentales soient compl\u00e8tement remplac\u00e9es par les \u00e9conomies \u00e9mergentes, de l\u2019eau coulera sous les ponts. Cela n\u2019emp\u00eachera pas des Qataris ou les Russes d\u2019acheter des immeubles place Vend\u00f4me mais les \u00e9conomies \u00e9mergentes ne vont pas sauver le monde. Pour notre part, nous g\u00e9rons 28 milliards de dollars: nous n\u2019allons s\u00fbrement pas mettre la moiti\u00e9 en Chine et l\u2019autre au Br\u00e9sil, sous pr\u00e9texte que ce serait l\u2019avenir. Ce ne serait pas raisonnable.<\/p>\n<p>Le grand d\u00e9sendettementon October 27th, 2011<br \/>\nThis content is licensed under a Creative Commons Attribution 3.0 License<br \/>\nhttp:\/\/www.paristechreview.com\/2011\/10\/27\/grand-desendettement\/ <\/p>\n<p>..\/..<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le grand d\u00e9sendettement Dominique S\u00e9n\u00e9quier \/ Pr\u00e9sidente du directoire d&rsquo;AXA Private Equity \/ October 27th, 2011 La crise de la dette priv\u00e9e s&rsquo;est transform\u00e9e en crise de la dette publique. 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